Jacques Serguine

Cruelle Zélande

La Musardine - Lectures amoureuses

Paris, 2005

bibliothèque insulaire

      

des femmes et des îles
Nouvelle-Zélande
parutions 2005
Cruelle Zélande / Jacques Serguine. - Paris : La Musardine, 2005. - 180 p. ; 18 cm. - (Lectures amoureuses, 91).
ISBN 2-84271-247-1

Les îles chatoyantes des mers du Sud sont vouées, dans l'imaginaire occidental, aux jeux, plaisirs et licences de l'amour. Après d'autres, Jacques Serguine propose une alerte variation sur ce thème en relatant l'aventure de Stella, jeune épouse d'un officier britannique tombée entre les mains d'une tribu néo-zélandaise aux premiers temps de la colonisation.

Dans la lignée de ses prédécesseurs, l'auteur souligne le solide et joyeux bon sens des « sauvages » qui ne se lassent pas de déniaiser la blonde héroïne.

La morale victorienne reprend ses droits in fine, mais on devine la nostalgie dans les derniers mots de Stella rentrée au pays : « Cruelle, oui ... cruelle Zélande ! ». On se plait alors à rêver : et si le « premier contact » des Colomb et autres découvreurs avec les « sauvages » — du Pacifique, de la Caraïbe ou d'ailleurs — s'était conclu par une fessée, comme en usèrent les Maoris avec Stella ...

NOTE DE L'ÉDITEUR : Stella Mac Leod, prude épouse d'un officier anglais de l'époque victorienne, accompagne son mari en Nouvelle-Zélande. À peine débarqués, ils sont attaqués par une tribu maorie et la jeune femme se voit bientôt initiée contre son gré aux mœurs des hommes et des femmes de la tribu. Ignorant toute frustration sexuelle, les sauvages vont la transformer en otage d'amour et lui révéler sa nature voluptueuse.
EXTRAIT

Ce ne fut que plusieurs jours après […] celui où j'avais vu la petite sauvage fesser si joliment son mari, que je découvris la case des femmes. Elle correspondait à une autre grande case, où se retrouvaient les hommes quand ils voulaient être entre eux. La différence, me sembla-t-il, était que parmi les hommes les seuls célibataires usaient de cette case commune. Tandis qu'à celle des femmes se rendaient aussi bien les indigènes déjà mariées, ou en possession d'amants, que les veuves, consolables ou inconsolables, les célibataires et les vierges. Je ne sais si l'on parlait beaucoup des femmes dans la case des hommes. Oui, sans doute. On ne peut pas parler toujours de chasse et de pêche après tout. Il n'était, en revanche, à peu près jamais question de ces messieurs dans la case des femmes. Ces dernières paraissaient même, si je puis dire, ne s'y rendre que pour ne pas en parler. Comme si le monde des femmes emportait en soi et par soi, par sa seule existence, tout celui des hommes, tandis que le monde des hommes éprouve le persistant besoin d'expliciter et de justifier, par la pêche et la chasse, et la guerre et la pine, au regard d'un monde total, définitif, absolu dont il prétend en même temps affirmer la réalité, sa propre maintenance fractionnelle. Aussi les hommes font-ils la guerre, pêchent-ils, chassent-ils, s'évertuent-ils à faire ou défaire l'amour, tandis que les femmes vivent ou utilisent le monde.

   Si l'une ou l'autre se lassait, dans la grande case commune, de cet excès de féminité, il lui semblait inutile et surtout inefficace d'en parler. Plus simplement, elle sortait et allait se fournir d'un mari, d'un amant, voire du premier homme venu, celui-ci fût-il, à ce que je pus voir, l'amant ou le mari d'une autre. Il lui était loisible de s'étendre auprès de son compagnon, dans une des cases particulières, de se réchauffer à lui ou de le réchauffer, ce qui est égal après tout, et aussi bien, comme je l'ai dit, de le stimuler sans cérémonie, si d'aventure il se faisait prier. Les femmes, entre elles, n'étaient pas à un homme près, quoiqu'elles se trouvassent en plus grand nombre, ou en raison de cela justement. Il t'a baisée hier, je le fesserai aujourd'hui et il me sautera demain. N'est jaloux, après tout encore, que qui se sent, qui se ressent inférieur. Plus tard, quand j'eus appris, bon gré mal gré, quelques mots de la langue maorie, je tentai d'expliquer à l'une des sauvageonnes ce que sont, pour nous en tout cas, les rivalités, la jalousie, la concurrence. Elle haussait avec indifférence ses épaules nues :
   « Mais pourquoi ? Les hommes sont nos frères », dit-elle.
   « Et vous, êtes-vous leurs sœurs ? » lui demandai-je, agacée par sa réponse.
   La supposition la fit rire, ses yeux reflétaient une sorte de mépris amusé :
   « Bien sûr que non, nous ne sommes sœurs qu'entre nous ! »
   Je ris aussi, alors. Il y a toujours quelque obscurité, pour un être civilisé, dans les mots clairs des barbares. Maintenant pourtant, il me semble voir avec évidence ce que disait la jeune femme. Elle et moi, à travers toutes les différences, nous étions du même sang, de la même terre si l'on veut. Les hommes ne sont qu'une race d'hommes.

pp. 149-150

COMPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE
  • anonymous, « Cruelle Zélande », Paris : Jean-Jacques Pauvert, 1978
  • Jacques Serguine, « Cruelle Zélande », Paris : Le Pré-aux-Clercs, 1990, 1996
  • Jacques Serguine, « Cruelle Zélande », Paris : Presses pocket, 1991
     
  • Jacques Serguine, « La culotte de feuilles », Paris : Jean-Claude Lattès, 1992 ; Pocket, 1994

mise-à-jour : 30 janvier 2006

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