Henriette Dussourd

Jeanne Baret, première femme autour du monde (1740-1816)

Imprimerie Pottier

Moulins, 1987
bibliothèque insulaire

      

des femmes et des îles
Jeanne Baret (1740-1816) : première femme autour du monde / Henriette Dussourd. - Moulins : Imprimerie Pottier, 1987. - 83 p. : facsim. ; 22 cm.

Et de Jeanne Baret ? Que reste-t-il ? [...] uniquement des traces littéraires ou dans les archives. La meilleure des conclusions a son sujet est certainement donnée par Diderot dans son Supplément au voyage de Bougainville (...). Il décrit la scène de Tahiti en l'interprétant à sa manière, sans révéler dès le début le sexe réel du domestique de Commerson.

B— « De jeunes Tahitiens s'étaient jetés sur lui, l'avaient étendu par terre, le déshabillaient et se disposaient à lui faire la civilité.
A— Quoi ! ces peuples si simples, ces sauvages si bons, si honnêtes ?
B— Vous vous trompez ... (il raconte toute l'histoire de Jeanne Baret en huit lignes) ... Elle montra toujours de la sagesse et du courage.
A— Ces frêles machines-là renferment quelquefois des âmes bien fortes. »

pp. 79-80


« Domestique » du 
naturaliste Philibert Commerson, Jeanne Baret s'embarque en 1766 à bord de la flûte l'Étoile qui accompagne la Boudeuse dans la circumnavigation entreprise sous les ordres de Bougainville. Une ordonnance royale interdit la présence des femmes à bord ; Jeanne prend donc le costume et, dans la mesure du possible, l'apparence d'un jeune matelot. Très vite l'équipage doute, mais ce n'est qu'à Tahiti que la supercherie sera formellement découverte.

Cette aventure peu ordinaire a longtemps découragé historiens et commentateurs, comme si l'éclat de la réalité épuisait par avance toute perspective d'embellissement et décourageait l'analyse.

Henriette Dussourd montre que l'aventure est plus complexe qu'il semble au premier regard. Elle met en parallèle le rapport de Bougainville et les relations d'autres participants du voyage (le prince de Nassau, Saint-Germain, Vivès, ...), souligne le rôle joué par Aotourou (Boutavery), s'attache à la relation nouée entre Jeanne Baret et Commerson, éclaire enfin l'itinéraire de son héroïne avant le début du périple et au-delà de l'escale à l'île Maurice où, avec Commerson, elle quitte le bord de l'Étoile.
EXTRAIT

Le samedi 28 mai 1768, Bougainville note « dans la matinée il a fait presque calme et j'ai été à bord de l'Étoile pour différentes affaires ». Le lendemain, dimanche 29 mai, il raconte cet interrogatoire devenu un classique : « J'ai hier vérifié à bord de l'Étoile un fait assez singulier. Depuis quelques temps, il courait un bruit dans les deux navires que le domestique de M. de Commerson, nommé Barré, étoit une femme. Sa structure, son attention scrupuleuse à ne jamais changer de linge, ni faire aucune nécessité d'aucune sorte devant qui que ce soit, le son de sa voix, son menton sans barbe, plusieurs autres indices avoient fait naître et accréditoient le soupçon. Il sembloit changé en certitude par une scène qui s'est passée à l'isle de Cythère ... A peine le domestique était-il sur le rivages que les Cythériens l'entourent, crient que c'est une femme et veulent lui faire les honneurs de l'isle. Il fallut que l'officier de garde vint le dégager. J'ai donc été obligé, suivant les ordonnances du roi, de m'assurer si le soupçon était fondé. Baré, les larmes aux yeux, m'avoué qu'elle étoit fille, qu'elle avoit trompé son maître en se présentant à lui sous des habits d'homme à Rochefort au moment de son embarquement, qu'elle avoit déjà servi comme laquais un genevois à Paris, que née en Bourgogne et orpheline, la perte d'un procès l'avoit réduite dans la misère et qu'elle avoit pris le parti de déguiser son sexe, qu'au reste, elle savait en s'embarquant qu'il était question de faire le tour du monde, et que ce voyage avait piqué sa curiosité. Elle sera la seule de son sexe et j'admire sa résolution, d'autant plus qu'elle s'est toujours conduit avec la plus scrupuleuse sagesse. J'ai pris des mesures pour qu'elle n'essuyat rien de désagréable. La Cour, je crois, lui pardonnera l'infraction aux ordonnances. L'exemple ne sauroit être contagieux. Elle n'est ni laide ni jolie et n'a pas 25 ans. »

pp. 54-55

COMPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE
  • John Dunmore, « Monsieur Baret, first woman around the world (1766-1768) », Auckland : Heritage press, 2002
     
  • « Bougainville et ses compagnons autour du monde, 1766-1769 » journaux de voyage établis et commentés par Etienne Taillemitte, Paris : Imprimerie nationale (Voyages et découvertes), 1977 ; Arles : Actes sud, 2006
  • Louis-Antoine de Bougainville, « Voyage autour du monde », Paris : Gallimard (Folio, 1385), 1990
  • Louis-Antoine de Bougainville, « Voyage autour du monde » éd. critique par Michel Bideaux & Sonia Faessel, Paris : Presses universitaires de Paris-Sorbonne, 2002
     
  • Jeannine Monnier, Anne Lavondès, Jean-Claude Jolinon et Pierre Elouard, « Philibert Commerson, le découvreur du Bougainvillier », Châtillon-sur-Chalaronne : Association Saint-Guignefort, 1993

mise-à-jour : 16 janvier 2007

   ACCUEIL
   BIBLIOTHÈQUE INSULAIRE
   LETTRES DES ÎLES
   ALBUM : IMAGES DES ÎLES
   ÉVÉNEMENTS

   OPINIONS

   CONTACT


ÉDITEURS
PRESSE
BLOGS
SALONS ET PRIX