Madeleine Desroseaux

La Bretagne inconnue

Plon

Paris, 1938
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Iroise
îles de Bretagne Sud
La Bretagne inconnue / Madeleine Desroseaux. - Paris : Plon, 1938. - X-271 p. ; 19 cm.

La Bretagne inconnue comporte quatre section : Les îles (A l'île de Sein, pp. 3-33 ; Houat et Hoedic, pp. 34-75) ; Les montagnes ; Les pardons pittoresques ; Ame celte.

A l'île de Sein reprend un texte publié dans la Revue des Deux Mondes le 15 juillet 1933.

L'ÉCHO DES ÎLES, n° 127 - janvier 1998 : Écrits […] en 1930, [les] chapitres consacrés à l'île de Sein […] conservent la saveur parfois acrimonieuse d'une vision légèrement superficielle que pouvaient avoir certains visiteurs de passage du caractère et de la vie de nos anciens. Il ne faut surtout pas se formaliser à la lecture de certains surnoms : les nombreuses homonymies ont toujours justifié cette forme de différenciation […] tout ceci fait partie de notre patrimoine.

Pierre Salaün

EXTRAIT

Près du phare du Guiveur, on peut voir, à mer basse, pendant les grands marées, les fondations d'une agglomération disparue. Le Guiveur, village noyé, a donné son nom au phare, grand cierge funéraire veillant sur les maisons mortes. Des tronçons de mur ont tenu bon. Des seuils de granit où des vieilles, dissoutes à présent dans la terre, se sont accroupies, apparaissent tout chevelus d'herbes marines. La mer recouvre de son manteau glauque les larges pierres des foyers, autels du feu, qui maintenant sont enveloppés d'un suaire d'eau glacée. Guiveur a subi le sort des légendaires cités disparues, Occismor, Is et Tolente. Sein simple radeau dont le point le plus élevé n'est qu'à douze mètres au-dessus du niveau de la mer, est appelée à disparaître.

La première offensive connue de la mer contre Sein remonte à 1756. Elle faillit être mortelle pour les insulaires, si bien que le duc d'Aiguillon, alors gouverneur de Bretagne, ordonna l'évacuation de l'île. Plus têtus que l'Océan, les habitants refusèrent net d'obéir à cet ordre ; voyant cela, le gouverneur fit élever sur la rive sud une épaisse muraille destinée à épauler la houle, c'est la digue du Rohic. Les tempêtes de 1865, 1879, 1896, 1912, 1924 et 1929, ont laissé des souvenirs de cauchemar dans l'esprit de certains Iliens. Celle de 1929 s'accompagna d'un raz de marée terrifiant.

Fanch, qui habite dans la partie basse du bourg, m'a dit que, la veille, la mer bouillonnait comme une marmite sous pression. Après avoir faillé être enlevé par un tourbillon en ouvrant sa porte, il dut lutter de toute la force de ses biceps de marin pour fermer ses volets que le vent plaquait violemment contre le mur. Il était resté des heures sans pouvoir dormir.
       — Quel tintamarre !… un roulement de tonnerre … des cris de damnés … un ronflement rageur sous la toiture.

Un craquement formidable le réveille au matin. C'est la porte qui saute, enfoncée par le coup de bélier de la mer. Une lame furieuse envahit la chambre, le balai flotte comme un aviron, les chaises se heurtent contre les murs, les sabots-bottes se mettent à danser. Fanch n'a que le temps de saisir ses chausses, de sauter sur l'échelle du grenier, et de sortir par la lucarne du toit. On s'interpelle d'une fenêtre à l'autre. Un fleuve écumant coule entre les ruelles, et déjà les canots viennent sauver les femmes et les enfants. Une partie de la population s'est réfugiée dans l'église comme dans l'Arche. C'est le point culminant de l'île.

p. 31

mise-à-jour : 29 avril 2005

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