Henriette Faroux

Korn Here, l'île sacrée du soleil

Albin Michel

Paris, 1949
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Iroise
Korn Here, l'île sacrée du soleil / Henriette Faroux. - Paris : Albin Michel, 1949. - 190 p. ; 20 cm. - (Les Grands romans).

« Korn Here », c'est Keller, l'îlot qui fait face à la côte nord d'Ouessant ... Henriette Faroux en restitue fidèlement les particularités apparentes, jusqu'à la batisse aux allures de château qui se dresse en son centre. Là vivent Peer Hopjarden, un gaillard de la trempe d'Eric le Rouge, par ailleurs psychiatre, fou et magicien, et sa femme, l'étrange et belle Daria. Les maléfices qu'ourdit le Norvégien dans ce lieu prédestiné scellent le destin tragique d'un père puis de son fils.

Cette intrigue rocambolesque permet à l'auteur de peindre la vie ouessantine sans omettre aucun des stéréotypes de rigueur à l'époque, dans la lignée de ceux mis en scène au début du siècle par André Savignon dans les « Filles de la pluie ».

Seule véritable originalité, la place accordée à l'île Keller où se concentrent tous les excès — ceux de la nature et ceux que déchaînent Peer Hopjarden ; par contraste la rudesse d'Ouessant et de ceux qui y vivent apparaît nuancée, sinon adoucie.

EXTRAIT

Sur Korn Here, il n'y a rien. La vue ne rencontre rien, rien que ce château carré, posé là comme un encrier, sur un tapis vert, et dont les fenêtres s'ouvrent sur la vie d'en face.

Vu de là, Ouessant est presque un lieu paradisiaque.

Au delà du bras de mer, les pâtis ouessantins, où s'érigent sur ce versant venteux de nombreux moulins, sont un site aimable ; les pacages où bêlent les moutons semblent une terre grasse, riche ; les îliennes sont comme des fées, dans leur costume soigné, avec leur chevelure éparpillée au vent. Les barques de pêche qui rentrent à la fin du jour égaient de leurs couleurs, comme de leur mobilité, la baie de Béninou, où elles dansent à peine sur l'eau tranquille.

Les pêcheurs qui regagnent d'un pas égal leurs petites maisons, ne regardent pas Korn Here, austère et rigide sur l'océan, ils pensent à la veillée qui les réunira, dans la bonne odeur de la pipe, autour d'une bouteille de vin dur ou d'une tasse de café, tandis que les femmes fileront.

Et lorsque l'angélus de Lampaul s'entend faiblement comme l'appel de la terre amie, accueillante, heureuse, Korn Here, muette, qui assiste en spectatrice à toutes ces joies dont elle n'a pas sa part, dont elle demeure exclue par ce bras de mer, ne peut même pas répondre.

[…]

Terre aride, sans secours aux faibles, aveugle et sourde aux douleurs, elle n'est un refuge que pour les forts. De ses falaises striées, coupantes, où l'océan se déchire, elle bave sans cesse une écume blanche.

Séparée d'Ouessant par un couloir traversé de courants qui rendent les communications incertaines, Korn Here, isolée, perdue, est vivante cependant, à la manière d'une flamme qu'une mer d'épouvante cherche à éteindre et que les vents du large cherchent à souffler.

pp. 53-54

COMPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE
  • « Korn Here, l'île sacrée du soleil », Paris : Nouvelle société d'édition, 1935

mise-à-jour : 4 septembre 2006

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