James Cook

Troisième voyage de Cook, ou Voyage à l'océan Pacifique

Hôtel de Thou

Paris, 1785

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Kerguelen
Troisième voyage de Cook, ou voyage à l'Océan Pacifique (…), Tome premier / James Cook ; trad. de l'anglois par [Jean-Nicolas Démeunier]. - Paris : [Charles-Joseph Panckoucke], Hôtel de Thou, 1785. - CXXXII-437 p.-pl. : ill., cartes ; 26 cm.
… nous dirigions en vain nos lunettes de divers côtés ;
on n'appercevoit que des cantons stériles.


Chapitre V, pp. 118-119

En décembre 1776 le capitaine Cook, qui exécute la mission assignée par l'Amirauté britannique pour son troisième — et dernier — voyage, fait halte aux îles Kerguelen découvertes peu auparavant par le navigateur breton Yves-Marie de Kerguelen ; il dispose de quelques informations sur les résultats  du premier voyage (1772) de son prédécesseur, mais ignore ceux de son second voyage (1773-1774).

Le séjour est bref, mais riche d'enseignements. Cook met un terme définitif aux espoirs fondés sur l'existence de la Terra Australis Incognita : Kerguelen n'a pas découvert l'extrême nord d'un continent inconnu mais un petit archipel exposé à des conditions naturelles rigoureuses. En quelque jours, Cook et ses compagnons dressent un rapide portrait des lieux et de leurs particularités ; ils décrivent ce qu'ils ont pu observer de la faune, de la flore et d'autres éléments remarquables.

Malgré la brièveté de l'escale, le tableau retient encore l'attention par l'acuité du regard et la précision des descriptions. Ces informations enrichissent considérablement le tableau dressé par Yves-Marie de Kerguelen, mais les deux marins se rejoignent pour souligner la violence des vents, l'âpreté du climat et les dangers de la navigation dans les eaux de l'archipel.
EXTRAIT Les Navigateurs François imaginèrent d'abord que le Cap Saint-Louis étoit la pointe avancée d'un continent austral. Je crois avoir prouvé depuis, qu'il n'existe point de continent austral, & que la terre dont il est ici question, est une Isle de peu d'étendue. J'aurois pu, d'après sa stérilité, lui donner fort convenablement le nom d'Isle de la Désolation ; mais, pour ne pas ôter à M. de Kerguelen la gloire de l'avoir découverte, je l'ai appelée la Terre de Kerguelen.

M. Anderson, mon Chirurgien, qui, ainsi que je l'ai déjà dit, a beaucoup étudié l'Histoire naturelle, ne laissa échapper aucune occasion, durant notre courte relâche au havre de Noël, d'examiner le pays sous tous ses rapports ; il me communiqua ses observations, & je vais les insérer ici telles qu'il me les a données.

« Aucune des terres découvertes jusqu'ici dans l'une & l'autre hémisphere à la même hauteur, n'offre peut-être un champ moins vaste aux recherches des Naturalistes, que l'Isle stérile de Kerguelen. La verdure qu'on y apperçoit, lorsqu'on est à peu de distance de la côte, donne l'espoir d'y trouver un assez grand nombre de plantes ; mais on se trompe beaucoup ; en débarquant nous reconnûmes qu'une petite plante peu différente de quelques espèces de sanifrage, produit cette verdure ; elle croît en larges touffes dans un espace qui s'étend assez loin sur les flancs des collines : elle forme une surface assez grande, & on la rencontre sur de la tourbe pourrie, dans laquelle on enfonce à chaque pas d'un pied ou deux. On pourrait au besoin sécher cette tourbe & la brûler ; c'est la seule chose que nous ayions trouvée propre à cet usage. (…) On n'apperçoit pas un seul arbrisseau dans toute l'Isle.
« On y trouve un peu plus d'animaux. A parler rigoureusement, on ne peut pas les dire habitans de l'Isle ; car ils sont tous marins, &, en général, ils ne vont sur la côte que pour y faire leurs petits, & s'y reposer. Les plus gros sont les veaux de mer, ou, comme nous avions coutume de les appeller, les ours de mer ; car c'est l'espèce de phoques qu'on y rencontre. Ils viennent faire leurs petits, ou se reposer à terre, mais ils ne sont pas en grand nombre ; & on ne doit pas s'en étonner, car on sait qu'ils préfèrent aux baies ou aux golfes, les rochers qui s'avancent dans la mer, & les petites Isles qui gissent près des côtes. Leurs poils tomboient à cette époque, & ils étoient si peu sauvages, que nous en tuâmes autant que nous le voulûmes.
« Nous ne vîmes pas d'autres quadrupèdes matins ou terrestres : mais nous trouvâmes une multitude considérable d'oiseaux, tels que des canards, des pétrels, des albatrosses, des nigauds, des goëlands, & des hirondelles de mer. (…) Il y a beaucoup plus de pinguins que d'autres oiseaux ; j'en ai remarqué trois espèces.
(…)
« Les collines sont médiocrement élevées ; cependant la plupart de leurs sommets étoient couverts de neige, à cette saison de l'année qui répond à notre mois de Juin. Le pied ou les flancs de quelques-unes, offrent une quantité considérable de pierres, entassées d'une manière irrégulière. Les flancs des autres, qui forment du côté de la mer des rochers escarpés, sont séparés du haut par des fissures, & ils semblent d'autant plus prêts à tomber, qu'il y a dans les crevasses des pierres d'une grosseur énorme. Plusieurs de nos Officiers pensèrent que ces crevasses pouvoient être l'effet de la gelée, mais il me paroît qu'il faut recourir aux tremblemens de terre, ou à d'autres commotions violentes, si l'on veut expliquer l'état de bouleversement où se trouvent les collines.
(…)
« Il doit presque toujours pleuvoir sur cette Isle ; car les lits des torrens, qu'on apperçoit de tous côtés, sont très-vastes, & le pays, même sur les collines, n'est presque qu'une fondrière & un sol marécageux, où l'on enfonce à chaque pas.
(…)
Nous n'avons rien découvert, qui eût l'apparence d'un minérai ou d'un métal. »

Chapitre V, pp. 125-138
COMPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE
  • James Cook, « A voyage to the Pacific ocean (…) performed under the direction of captains Cook, Clerke and Gore, in HMS the Resolution and Discovery, in the years 1776, 1777, 1778, 1779 and 1780 » vol. 1, London : G. Nicol and T. Cadell, 1784
  • « The journals of captain James Cook on his voyages of discovery » ed. by J. C. Beaglehole, Cambridge : published for the Hakluyt society at the University press (Extra series, 34-37), 1955-1974 ; Woodbridge : Boydell press, 1999

mise-à-jour : 21 juin 2011

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