Ibn Tufayl

Le philosophe autodidacte « Hayy ben Yaqzân »

M
ille-et-Une Nuits - La Petite collection, 248

Paris, 1999
bibliothèque insulaire
   
utopies insulaires
îles désertes
parutions 1999
Le philosophe autodidacte / Ibn Tufayl ; trad. de l'arabe par Léon Gauthier, revue par Séverine Auffret et Ghassan Ferzli ; postface de Séverine Auffret ; ill. de Marion Bataille. - Paris : Mille et une nuits, 1999. - 159 p. : ill. ; 15 cm. - (La Petite collection, 248).
I
SBN 2-84205-416-4

CHAMS NADIR : Trouverai-je l'île déserte qui accueillit Hayy Ibn Yaqdhan grâce à l'entremise de son ingénieux créateur, le vizir Ibn Al-Toufail ? Si oui, me livrerai-je aux mêmes réflexions philosophiques que mon illustre devancier, le très raisonneur naufragé solitaire ?

« Les Portiques de la Mer », pp. 31-32

SÉVERINE AUFFRET : […]

Peu lu de nos jours en Europe, inexplicablement, [Le Philosophe autodidacte] constitue l'un des premiers best-sellers, antérieur même à l'imprimerie. D'abord diffusé et commenté dans les pays de langue arabe, traduit en hébreu et objet d'un commentaire de Moïse de Narbonne en 1349, l'Europe du nord s'en empare, avec la traduction latine d'Edward Pococke (Oxford, 1671), sous le titre Philosophus autodidacticus (Le Philosophe autodidacte ) adopté dans le monde de langue latine, d'où suivent une série de traductions : anglaises, néerlandaises, allemandes, françaises, puis échelonnées jusqu'à notre époque, espagnoles, russes, etc.

[…]

Que les auteurs modernes de fictions d'île déserte en aient saisi les lointains échos est au moins probable. On remarque en tout cas que la première partie du Robinson de Daniel Defoë, parue en 1719, suit de peu la traduction du livre d'Ibn Tufayl par Ockley, à Londres, en 1708. Il serait dommage de ne pas tirer l'original de l'ombre.

Le succès populaire ancien de l'ouvrage tient d'abord à sa forme : le roman.

[...]

À la fois « roman d'aventures », « roman philosophique » servant des thèses, comme bientôt ceux de Baltasar Gracían, puis de Voltaire et Diderot, « roman d'éducation » comme l'Emile  de Rousseau, Hayy ben Yaqzân  illustre […] cette veine qui est celle du « roman d'initiation ».

L'existence du personnage se déroule en effet sous la forme d'un parcours initiatique, aux résonnances symboliques. Sa vie comprend des étapes soigneusement chiffrées : quarante-neuf ans, soit sept fois sept ans. Chacune de ces étapes correspond à l'un des moments d'un parcours qui est à la fois celui d'une intelligence et celui d'une âme. […] Ce n'est qu'à la cinquième étape […] que Hayy se hausse vers la méditation métaphysique, pour ensuite atteindre la sagesse (réflexion sur l'homme et sur l'âme), enfin une pratique religieuse exempte de toute révélation externe, allant jusqu'à l'extase mystique, l'ascèse, l'intuition et l'union.

Le roman pourrait s'arrêter là, et il faut remarquer le caractère abrupt et précipité de la suite [qui] offre pourtant les moments les plus animés du livre : ceux qui résultent de la confrontation du solitaire et de la « civilisation ». [Açal,] le Vendredi de ce Robinson, précisément, n'est pas un sauvage. […] Aucun des deux hommes ne vise à faire de l'autre son esclave, mais le plus civilisé trouve en ce « sauvage » le maître en intelligence et en bonté qu'il n'aurait osé rêver.

Le cours plutôt tranquille de l'histoire prend un tournant soudain dramatique quand le solitaire s'en va découvrir en son lieu même la « civilisation ». […] Peut-elle tolérer qu'on veuille s'écarter d'elle et qu'on prenne en dérision ses observances ?

Non, répond l'auteur. Pour ces hommes, la grande masse, qui ne savent qu'obéir et craindre les menaces de l'au-delà, la religion de la foule, de l'autorité et des symboles est nécessaire : elle les jugule.

Devançant des exactions imminentes, les deux sages retournent au désert de l'île.

Le cercle de la solitude se referme. [Hayy] a gagné un ami : Açal. À eux deux dans l'île, ils ne forment pas une société, mais la communauté élective et mutuellement respectueuse d'une amitié.

Postface, pp. 150-155

COMPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE
  • « The improvement of human reason, exhibited in the life of Hai Ebn Yokdan […] [translated from the original arabick by Simon Ockley] with an appendix, in which the possibility of man's attaining the true knowledge of god, and things necessary to salvation without instruction, is briefly considered », Londres : E. Powell & J. Morphew, 1708
  • « Hayy ben Yaqdhân : roman philosophique » texte arabe publié d'après un nouveau manuscrit avec les variantes des anciens textes et traduction française par Léon Gauthier, Alger : Imprimerie de P. Fontana, 1900
  • « Ibn Tufayl's Hayy ibn Yaqzan : a philosophical tale » translated with introduction and notes by Lenn Evan Goodman], New York : Twayne publishers (Library of classical arabic literature, 1), 1972
  • « Hayy ben Yaqdhân : roman philosophique » trad. française par Léon Gauthier, Paris : Vrin (Reprise), 1983
  • « L'éveillé, ou Le philosophe autodidacte » trad. française par Léon Gauthier, Paris : Libretto, 2017
     
  • Léon Gauthier, « Ibn Thofaïl, sa vie, ses œuvres », Paris : Vrin (Reprise), 1983

mise-à-jour : 26 juin 2017

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