Hugues Rebell

La câlineuse

Union générale d'éditions - 10/18, 1227

Paris, 1978
bibliothèque insulaire
   
Méditerranée
des femmes et des îles
La câlineuse / Hugues Rebell ; préface d'Auriant ; postface d'Hubert Juin. - Paris : Union générale d'éditions, 1978. - 445 p. ; 18 cm. - (10/18, 1227).
ISBN 2-264-00870-9
Paris, à la fin du XIXe siècle : Juliette Fournier, la câlineuse, est aimée d'Herbert Primeraine comme Manon Lescaut du chevalier des Grieux.

Au chapitre XII — Un rendez-vous dans l'eau —, alors que l'intrigue s'est pour un temps dépaysée à Naples, un quiproquo rapproche les amants séparés pour une brève incursion sur l'île d'Ischia. Une embellie semble possible au cœur d'une liaison tumultueuse ; on pense à « Graziella ».

Mais Hugues Rebell souligne le contraste entre la beauté naturelle de l'île et la violence des forces qui peuvent s'y déchaîner ; ainsi évoque-t-il le souvenir du tremblement de terre dévastateur de 1883 : « les traces de la catastrophe nous entouraient ».

Le retour précipité est perturbé par un véritable combat naval où Juliette et Herbert frôlent la mort. A Naples, Juliette réussit à s'enfuir.
EXTRAIT Nous touchâmes une fois de plus la mort au château d'Ischia, dans ces étroits caveaux où les anciens prieurs, revêtus de leur robe, sont assis sur leur siège abbatial, humbles petites momies qui tombent en poussière doucement, sans plus agiter le monde de leur fin qu'ils ne l'ont fait de leur existence.

   Mais ces images n'étaient pour Juliette qu'un amusement sans tristesse.

   La belle et fine clarté du ciel nous déguisait toute misère.
   — Dire qu'ils ont le froid à Paris ! faisait-elle, fière de son destin.
   Elle s'abandonnait aux sédutions d'Ischia ; déjà les hasards de la promenade avaient dérangé sa toilette ; la brise jouait dans ses cheveux cendrés ; mousseline et batiste trahissaient un peu des grâces charmantes. J'écartai encore les voiles, je respirai la douce chaleur de son sein : le désir le soulevait vers moi, et j'arrêtais ma bouche dans ces fruits délicats et parfaits, sur lesquels les sculpteurs antiques eussent pu mouleur leurs coupes.
   — Vous les avez vus hier, dit-elle, avec un sourire.
   — Non, dis-je, je vous découvre aujourd'hui, comme vous-même découvrez l'île.
   C'était vrai. Elle était à présent surprise et exaltée de ce qu'elle apercevait. Ses yeux demeuraient épanouis ; elle frémissait devant un horizon si vaste qu'elle n'eût pas soupçonné.

   Lorsque nous aperçûmes au-dessous des routes que nous suivions, au-delà des vallées et des puits d'ombres, la mer lointaine d'un bleu à peine moins pâle que le ciel, radieuse, infinie, caressant l'île d'une molle ceinture de flots, nous fûmes attendris de cette paix et de cette union de toutes choses ; à notre tour nous avons rapprochés nos lèvres, nous nous sommes mêlés et perdus dans la joie immense.

pp. 211-212
COMPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE
  • « La câlineuse », Paris : Ed. de la Revue blanche, 1900
  • « La câlineuse », Paris : Alteredit, 2006
  • « La Nichina », Paris : Union générale d'éditions (10/18, 1228), 1978
  • « Les nuits chaudes du Cap Français », Paris : Union générale d'éditions (10/18, 1226), 1978

mise-à-jour : 11 mai 2011

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