Titaua Peu

Mutismes

Haere po

Papeete, 2003
bibliothèque insulaire
   
édité à Tahiti
parutions 2003
5ème édition du Prix du Livre Insulaire (Ouessant 2003)
ouvrage sélectionné
Mutismes / Titaua Peu. - Papeete : Haere po, 2003. - 148 p. ; 25 cm.
ISBN 2-904171-53-8

TAHITI PACIFIQUE MAGAZINE, n° 145, mai 2003 : […]

Mutismes n'est pas seulement un ouvrage de littérature tahitienne, il est, par le vécu qu'il rapporte, bourré d'amour inexprimable, profondément tahitien. En ce sens, il inspire le aroha — la compassion, et suscite le 'oto — le chagrin.

[…]

Mutismes est un livre qui fait mal parce que Titaua Peu a su trouver les mots pour dire, ou essayer de dire, tout ce qui nous fait mal, alors même, écrit-elle qu' « on n'a jamais appris à le dire, surtout lorsque ça touche le cœur, les sentiments … » […] Titaua Peu nous fait entrer dans un autre monde, son et notre monde, comme on entre dans une maison qui devient soudain aussi sacrée qu'un marae. Parce qu'elle est maison de désarroi et d'angoisse.

[…]

L'auteur nous dévoile non pas ce qu'elle sait mais ce qu'elle a pu exprimer d'un Tahiti que les tenants d'une image idyllique se sont toujours ingéniés à ignorer et que les Tahitiens ont toujours eu la pudeur et la dignité de ne pas révéler … jusqu'à Titaua Peu qui casse le mur du silence pour nous parler de l'incapacité de dire et qui, tout en la disant, finit par nous dire, quand elle le peut, ce qu'elle n'avait pas appris à dire. Alors les non-dits s'exhument, les silences résonnent, la communication est rétablie et la pensée est libérée. Alors le mutisme se fait parole, délie ses mots et nous enseigne à réapprendre à dire la souffrance et la faim.

Pour qui veut connaître, ou tout au moins tenter de comprendre la société tahitienne d'aujourd'hui, Mutismes est, à mon avis, le premier ouvrage à lire. Un livre que j'ai eu envie de prendre dans mes bras pour le consoler.

Jean-Marc Tera'ituatini Pambrun

AGENCE TAHITI PRESSE, 13 avril 2003 : Premier ouvrage de Titaua Peu, une journaliste de 27 ans, Mutismes évoque les expériences de cette Polynésienne qui, très jeune, a quitté la Nouvelle-Calédonie pour Tahiti.

Victime dans son enfance de ce qu'elle appelle « le mutisme familial », l'écrivain confie à Tahitipresse : « Le manque de paroles dans les familles tahitiennes est responsable de frustrations et de conflits ». Elle s'empresse d'ajouter que son ouvrage apostrophe les lecteurs sur d'autres formes de mutismes. « Il y a le mutisme que le polynésien ignore, c'est-à-dire les conditions historiques dans lesquelles il est devenu français », ajoute Titaua Peu. Les non-dits durant l'enfance, l'adolescence puis durant la vie de femme de Titaua Peu, sont également parfois douloureux.

Cependant, l'ouvrage est aussi plein d'espoir et d'amour, entre autres pour sa mère aujourd'hui disparue, qu'elle fait revivre dans ce livre inscrit pour le prix littéraire des étudiants 2003 récompensant le meilleur roman publié en Polynésie française. Le prix sera remis à l'occasion du Salon du Livre le 26 avril prochain, place To'ata à Papeete.

EXTRAIT

Lorsque je suis entrée dans ma chambre, elle est venue m'annoncer que je partais dans quelques heures. Elle m'envoyait dans un pensionnat de bonnes sœurs, à Raiatea. La veille, elle avait contacté mon père, alors que des années de silences ou de dialogues par enfants interposés avaient achevé de les séparer. Ils s'étaient mis d'accord : le week-end et les vacances, je les passerai avec lui, à Tahaa.

Aucune autre punition n'aurait été plus sévère et cruelle. Ce que j'avais ressenti n'était plus seulement de la colère. Ça ressemblait à une très grande détresse. La punition avait laissé la place à l'abandon. Elle déléguait ses pouvoirs à cet homme qui nous avait fait souffrir, à cet homme pour qui j'avais un immense mépris.

L'abandon, la solitude ont un arrière-goût âpre, comme la mort. Me laisser à cet homme témoignait du peu de cas qu'elle faisait de moi. Je comprenais sa colère, je la savais capable des pires crises d'hystérie. Mais jamais, jamais je ne l'avais vue aussi impassible, aussi déterminée. M'aimait-elle si peu ?

pp. 68-69

COMPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE
  • Excerpt from « Mutismes » translated by Kareva Mateata-Allain, in Frank Stewart, Kareva Mateata-Allain and Alexander Dale Mawyer (ed.), Varua tupu : new writing from French Polynesia, Honolulu : University of Hawai'i press (Manoa), 2006
  • « Pina », Papeete : Au Vent des îles, 2016

mise-à-jour : 6 décembre 2017
Titaua Peu a reçu le Prix Eugène Dabit en 2017 pour son roman Pina.

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