Suzanne Césaire

Le grand camouflage, écrits de dissidence (1941-1945), éd. par Daniel Maximin

Seuil

Paris, 2009

bibliothèque insulaire

   
Martinique
des femmes et des îles
parutions 2009
Le grand camouflage : écrits de dissidence (1941-1945) / Suzanne Césaire ; édition établie par Daniel Maximin. - Paris : Seuil, 2009. - 123 p. : ill. ; 19 cm.
ISBN 978-2-02-099908-3
Nous gonflerons nos voiles océanes,
Vers l'élan perdu des pampas et des pierres
Et nous chanterons aux basses eaux inépuisablement la chanson de l'aurore.


Aimé Césaire
Histoire de vivre, p. 110

Trois veines se tissent et s'enrichissent dans le recueil édité par Daniel Maximin :

  • la réédition des sept contributions données par Suzanne Césaire (1915-1966) à la revue Tropiques entre 1941 et 1945, soit l'intégralité de ce qui reste de ses écrits ;
  • un regard sur l'histoire de la revue Tropiques — ferment d'un éveil littéraire qui tiendra toutes ses promesses et, simultanément, acteur déterminé de la dissidence martiniquaise jusqu'à la chute du pouvoir vichyste en 1943 ;
  • un aperçu de la rencontre entre les promoteurs de Tropiques (Suzanne et Aimé Césaire, René Ménil) et l'avant-garde du surréalisme (André Breton, André Masson).
Les textes de Suzanne Césaire donnent voix à l'espoir d'un « peuple retrouvé, réinventé par lui-même » (Daniel Maximin, p. 22) ; son action au sein de l'équipe dirigeante de Tropiques témoigne d'engagements et de risques partagés ; sa participation au dialogue avec le surréalisme contribue au désenclavement culturel de la Martinique — les barrières dressées par des siècles de colonialisme vacillent.

En contrepoint, la poésie d'Aimé Césaire marque quelques temps forts d'une passion trop tôt dénouée, comme amours stellaires 
SOMMAIRE
Daniel Maximin
  • Suzanne Césaire, fontaine solaire
Suzanne Césaire
  • Leo Frobenius et le problème des civilisations (Tropiques, n° 1, avril 1941)
  • Alain et l'esthétique (Tropiques, n° 2, juillet 1941)
  • André Breton poète (Tropiques, n° 3, octobre 1941)
  • Misère d'une poésie. John-Antoine Nau (Tropiques, n° 4, janvier 1942)
  • Malaise d'une civilisation (Tropiques, n° 5, avril 1942)
  • 1943 : le surréalisme et nous (Tropiques, n° 8-9, octobre 1943)
  • Le grand camouflage (Tropiques, n° 13-14, 1945)
André Breton
  • Pour Madame *** [Suzanne Césaire] (Tropiques, n° 3, octobre 1941)
Daniel Maximin
  • « Le dialogue créole »
Extraits de Martinique, charmeuse de serpents
(Ed. du Sagittaire, 1948)
  • Antille, André Masson
  • Le dialogue créole entre André Breton et André Masson
René Ménil
  • Laissez passer la poésie … (Tropiques, n° 5, avril 1942 - extrait)
Aimé Césaire
  • Histoire de vivre (Tropiques, n° 4, janvier 1942 - extrait)
Daniel Maximin
  • Aimé-Suzy
Aimé Césaire
  • Chevelure (extrait de Cadastre)
  • Séisme (extrait de Ferrements)
  • Fils de la foudre (extrait de Cadastre)
Ina Césaire
  • Suzanne Césaire, ma mère
EXTRAIT    (…)

   Cependant les balisiers d'Absalon saignent sur les gouffres et la beauté du paysage tropical monte à la tête des poètes qui passent. À travers les réseaux mouvants des palmes ils voient l'incendie antillais rouler sur la Caraïbe qui est une tranquille mer de laves. Ici la vie s'allume à un feu végétal. Ici, sur ces terres chaudes qui gardent vivantes les espèces géologiques, la plante fixe, passion et sang, dans son architecture primitive, l'inquiétante sonnerie surgie des reins chaotiques des danseuses. Ici les lianes balancées de vertige prennent pour charmer les précipices des allures aériennes, elles s'accrochent de leurs mains tremblantes à l'insaisissable trépidation cosmique qui monte tout le long des nuits habitées de tambours. Ici les poètes sentent chavirer leur tête, et humant les odeurs fraîches des ravins, ils s'emparent de la gerbe des îles, ils écoutent le bruit de l'eau autour d'elles, ils voient s'aviver les flammes tropicales non plus aux balisiers, aux gerberas, aux hibiscus, aux bougainvilliers, aux flamboyants, mais aux faims, aux peurs, aux haines, à la férocité qui brûlent dans les creux des mornes.

   C'est ainsi que l'incendie de la Caraïbe souffle ses vapeurs silencieuses, aveuglantes pour les seuls yeux qui savent voir et soudain se ternissent les bleus des mornes haïtiens, des baies martiniquaises, soudain pâlissent les rouges les plus éclatants, et le soleil n'est plus un cristal qui joue et si les places ont choisi les dentelles des parkinsonias comme éventails de luxe contre l'ardeur du ciel, si les fleurs ont su trouver juste les couleurs qui donnent le coup de foudre, si les fougères arborescentes ont sécrété pour leurs crosses des sucs dorés, enroulés comme un sexe, si mes Antilles sont si belles, c'est qu'alors le grand jeu de cache-cache a réussi, c'est qu'il fait certes trop beau, ce jour-là, pour y voir.

Le grand camouflage (Tropiques, n° 13-14, 1945), pp. 93-94
COMPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE
  • « Tropiques 1941-1945 » (reproduction en fac-sim. de la collection complète), Paris : Jean-Michel Place (Revues littéraires d'avant-garde), 1994

mise-à-jour : 10 juillet 2013
   ACCUEIL
   BIBLIOTHÈQUE INSULAIRE
   LETTRES DES ÎLES
   ALBUM : IMAGES DES ÎLES
   ÉVÉNEMENTS

   OPINIONS

   CONTACT


ÉDITEURS
PRESSE
BLOGS
SALONS ET PRIX