Patrick Chamoiseau

Frères migrants

Éd. du Seuil

Paris, 2017
bibliothèque insulaire
   
Martinique
parutions 2017
Frères migrants / Patrick Chamoiseau. - Paris : Seuil, 2017. - 136 p. : ill. ; 19 cm.
ISBN 978-2-02-136529-0

Des murs sont dans nos têtes et nous imposent leurs horizons.
Ils nous rendent aveugles à plein de perspectives.

p. 106

Assumant pleinement de porter une parole engagée, Pablo Neruda affirmait “ avec fierté [ses] devoirs de poète d'utilité publique, c'est-à-dire de pur poète ” 1. Quand il poursuit, après la disparition d'Edouard Glissant, le combat pour une humanité meilleure, Patrick Chamoiseau parle en “ poète d'utilité publique ”, en “ pur poète ”. Et c'est sur un “ acte poétique de haut vol ” 2 que se referme l'ouvrage — une déclaration des poètes, vibrant appel adressé à qui peut et veut l'entendre : “ aucune douleur n'a de frontière ” !

Chamoiseau a regardé sans ciller l'intolérable à l'œuvre. Mais au-delà de l'émoi et de l'indignation il veut prendre la mesure du flux hors de contrôle qui déferle dans l'horreur ; il veut comprendre les motivations et mécanismes à l'œuvre dans ce monstrueux dévoiement ; il veut enfin imposer le recul nécessaire à un sursaut de conscience. Tissant inlassablement le fil de ses échanges avec Edouard Glissant, il remet sur le métier l'opposition frontale entre deux projets pour notre avenir commun : la mondialisation qui “ n'a pas prévu le surgissement de l'humain ” (p. 50) et “ asservit les États ” (p. 51) et la mondialité qui “ nous infuse la sensation d'un monde ouvert … Un monde dont plus rien ni quiconque n'est le centre ni la périphérie, ni le maître ni l'esclave, ni le colon ni le colonisé, ni l'élu ni l'indigne, où seul règne l'incertain dans lequel nous tombons, et solitaires et solidaires, également désarmés, en sensible extension et jouvence poétique ” (p. 53).

En se saisissant de l'apostrophe de François Villon, Chamoiseau nous contraint à regarder nos frères dans la douleur et l'angoisse pour, enfin, partager avec eux “ une seule aventure, très ancienne … notre aventure humaine ” (p. 118) — avec espoir et détermination 3.
       
1Pablo Neruda, “ Canción de gesta = Chanson de geste ”, Montreuil : Le Temps des cerises, Paris : Abra pampa, 2016 — Introduction, p. 7
2Muriel Steinmetz, “ Patrick Chamoiseau : mieux ouvrir en nous le sanctuaire de l'humain », L'Humanité, 4 mai 2017 [en ligne]
3“ Cette déclaration ne saurait agir sur la barbarie des frontières et sur les crimes qui s'y commettent. Elle ne sert qu'à esquisser en nous la voie d'un autre imaginaire du monde. Ce n'est pas grand chose. C'est juste une lueur destinée aux hygiènes de l'esprit. Peut-être une de ces lucioles pour la moindre desquelles Pier Paolo Pasolini aurait donné sa vie. ” — Patrick Chamoiseau, 4ème de couverture.
EXTRAIT Ces frontières multiformes se mettent à broyer de la chair des espoirs et du sang, les broient encore, et toujours, sous nos yeux. Elles tuent tous les jours et en masse, mais elles s'inclineront. Elles ne pourront que s'incliner sous un imaginaire du monde qui rejoint sa propre diversité, qui fait images ainsi, et que blessent dès lors les murs et les frontières. Aucune clôture ne saurait contester le réel, ni invalider le passage du vent, l'envolée des oiseaux, les dégagés de l'esprit et des grands sentiments. Si une frontière n'est pas une anomalie du monde tissé en ses diversités, nulle frontière en revanche ne saurait considérer le monde comme une anomalie.

 p. 110
COMPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE
  • « Frères migrants », Paris : Points (Points, 4809), 2018
  • « Manman Dlo contre la fée Carabosse », Paris : Ed. Caribéennes, 1982
  • « Chronique des sept misères », Paris : Gallimard, 1986 ; Gallimard (Folio, 1965), 1988
  • « Solibo magnifique », Paris : Gallimard, 1988 ; Gallimard (Folio, 2277), 1991
  • « Antan d'enfance », Paris : Hatier, 1990 ; Gallimard (Haute enfance), 1994 ; Gallimard (Folio, 2843), 1996
  • « Texaco », Paris : Gallimard, 1992 ; Gallimard (Folio, 2634), 1994
  • « Chemin-d'école », Paris : Gallimard (Haute enfance), 1994 ; Gallimard (Folio, 2844), 1996
  • « Le dernier coup de dent d'un voleur de banane » et « Que faire de la parole ? Dans la tracée mystérieuse de l'oral à l'écrit » in Ralph Ludwig (éd.), Ecrire la « parole de nuit », Paris : Gallimard (Folio essais, 239), 1994
  • « Ecrire en pays dominé », Paris : Gallimard, 1997 ; Gallimard (Folio, 3677), 2002
  • « L'esclave vieil homme et le molosse » avec un entre-dire d'Edouard Glissant, Paris : Gallimard, 1997 ; Gallimard (Folio, 3184), 1999
  • « Livret des villes du deuxième monde », Paris : Ed. du Patrimoine (La Ville entière), 2002
  • « Bibliques des derniers gestes », Paris : Gallimard, 2001 ; Gallimard (Folio, 3942), 2003
  • « A bout d'enfance », Paris : Gallimard (Haute enfance), 2005 ; Gallimard (Folio, 4430), 2006
  • « Un dimanche au cachot », Paris : Gallimard, 2007 ; Gallimard (Folio, 4899), 2009
  • « Les neuf consciences du Malfini », Paris : Gallimard, 2009 ; Gallimard (Folio, 5160), 2010
  • « Le papillon et la lumière », Paris : Philippe Rey, 2011
  • « L'empreinte à Crusoé », Paris : Gallimard, 2012 ; Gallimard (Folio, 5644), 2013
  • « La matière de l'absence », Paris : Seuil, 2016 ; Points (Signatures), 2018
  • « J'ai toujours aimé la nuit », Paris : Sonatine, 2017
  • « Contes des sages créoles », Paris : Seuil, 2018
  • « Eloge de la créolité » avec Jean Bernabé et Raphaël Confiant, Paris : Gallimard, 1989
  • « Guyane : traces-mémoires du bagne » photographies de Rodolphe Hammadi, Paris : CNMHS (Monuments en paroles), 1994
  • « Elmire des sept bonheurs : confidences d'un vieux travailleur de la distillerie Saint-Etienne » photographies de Jean-Luc de Laguarigue, Paris : Gallimard, 1998
  • « Lettres créoles : tracées antillaises et continentales de la littérature 1635-1975 » avec Raphaël Confiant, Paris : Hatier (Brèves, Littérature), 1991 ; Paris : Gallimard (Folio-essais, 352), 1999
  • « Cases en Pays-mêlés » photographies de Jean-Luc de Laguarigue, Gros-Morne (Martinique), 2000
  • « Tracées de mélancolie » photographies de Jean-Luc de Laguarigue, Gros-Morne (Martinique) : Traces HSE, 1999 ; Paris : Hazan, 2001
  • « Trésors cachés et patrimoine naturel de la Martinique vue du ciel » photographies d'Anne Chopin, Paris : HC éditions, 2007
  • Paola Ghinelli, « Entretien avec Patrick Chamoiseau », in Archipels littéraires, Montréal : Mémoire d'encrier, 2005
  • Dominique Chancé, « Patrick Chamoiseau, écrivain postcolonial et baroque », Paris : Honoré Chamion (Bibliothèque de littérature générale et comparée, 82), 2010
  • Samia Kassab-Charfi, « Patrick Chamoiseau », Paris : Institut français, Gallimard, 2012
  • Isabelle Constant, « Le Robinson antillais : de Daniel Defoe à Patrick Chamoiseau », Paris : L'Harmattan (Espaces littéraires), 2015

mise-à-jour : 25 septembre 2018
Patrick Chamoiseau, « Enrayer la violence en Corse », Libération, 27-28 novembre 1999
Patrick Chamoiseau et Edouard Glissant, « Dean est passé, il faut renaître. Aprézan ! », Le Monde, 26-27 août 2007
Patrick Chamoiseau, « J'ai vu un peuple s'ébrouer … », Le Monde, 14 mars 2009
Patrick Chamoiseau, « Frantz Fanon, côté sève », Le Monde, 11-12 décembre 2011
Patrick Chamoiseau, « Aucune excuse, aucune sanction, soutien total à M. Letchimy », 10 février 2012
Patrick Chamoiseau, « Le devenir, c'est être ensemble, debout, face à l'impensable », Le Monde, 16 novembre 2013
Patrick Chamoiseau, « Frères migrants … Les poètes déclarent », janvier 2017
Patrick Chamoiseau : Frères migrants
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