Raphaël Confiant

Aimé Césaire, une traversée paradoxale du siècle

Écriture

Paris, 2006

bibliothèque insulaire

   
Martinique
parutions 2006
Aimé Césaire, une traversée paradoxale du siècle / Raphaël Confiant ; postface de Jean Bernabé. - Paris : Écriture, 2006. - 382 p. ; 23 cm.
ISBN 978-2-909240-72-5
Raphaël Confiant a présidé le jury du 5e Prix du Livre Insulaire (Ouessant 2003)
Cet ouvrage, qui peut effaroucher les admirateurs de Césaire, est néammoins un des livres les plus césairiens, avec ce que cela implique d'excès volcanique, qui aient jamais été écrits. Livre flamboyant, qui est l'hommage paradoxalement le plus digne à avoir été rendu à Césaire.

Pierre Laforgue, « Les Armes miraculeuses d'Aimé Césaire (essai et dossier) », p. 209

   A la première parution du livre, en 1993, Aimé Césaire âgé de quatre-vingts ans venait de renoncer à son mandat de député de la Martinique à l'Assemblée nationale française. Raphaël Confiant avait depuis peu dépassé la quarantaine ; dix ans plus tôt (en 1982 exactement), il avait lancé comme première alerte une Lettre d'un homme de trente ans à Aimé Césaire (reproduite en annexe, pp. 333-336) ; d'entrée, le ton était donné : « J'ai trente ans. Je n'étais pas né quand vous faisiez adopter devant le Parlement français la loi de 1946 et je suis donc l'un des fils de cette départementalisation qui a tourné à la farce-tragédie ». Indépendantiste hors structure, Raphaël Confiant en appelait au sens de « l'insolence historique », revendiquait « l'insulte, la hargne » et, interpellant directement Césaire, « le rejet viscéral de cette francité que vous avez contribué à nous fourguer sous couvert de négritude ».

   L'ouvrage de 1993 reprend, ajuste et déploie l'adresse enflammée de 1982 en élargissant le champ. Trois flèches sont tirées :
  • la langue — le refus du créole,
  • le primat césairien de la négritude sur la diversalité où se fondent et se fécondent les racines américaines, européennes, africaines et asiatiques de l'homme antillais,
  • la vision d'avenir pour une Isle d'Amérique au peuplement brouillé, guéri de la soif des origines, mais toujours administré par la France et l'Europe.
Deux flèches visent le contenu de l'œuvre littéraire d'Aimé Césaire, la dernière vise son action socio-politique.

   L'assaut est direct, rude — et loyal. L'homme n'est pas visé, mais une part des fondements de son action et une part des résultats. Quant à la forme, si elle tient du réquisitoire, elle ne prétend pas énoncer un jugement. Toujours le pressant message s'adresse à Aimé Césaire : c'est une exhortation — qui trouve son terme dans un amical clin d'œil :

Marronnons, Césaire, marronnons dans la mangrove créole !
EXTRAIT    Aimé Césaire, ouvrez avec nous des yeux fertiles et neufs sur ce pays nôtre !

   Car notre Martinique-Mangrove est menacée par les poseurs de béton (que nulle loi ne poursuit contrairement aux poseurs de bombes). Chaque année, cinq cents hectares de bonnes terres agricoles sont définitivement soustraits à leur vocation première. Des pentes sont irrémédiablement ravinées par une déforestation insensée. Des baies polluées jusqu'à l'étouffement par mille et un déchets. Des mangles rasées pour faire place à des infrastructures hôtelières à la rentabilité improbable.

   Mangrove-Martinique : peau de chagrin …

   Et que fera l'homme sur cette croûte pelée par le soleil, cette latérite improductive qu'on ne voudra même plus fixer en cartes postales ? Que fera le Nègre ? Tendra-t-il sa sébile comme il n'a cessé de le faire en un demi-siècle, une lueur arrogante ennuageant son regard ? S'échappera-t-il, retirera-t-il ses pieds, pour reprendre l'expression créole de Saint-John Perse, sur des chambres à air, des canots de fortune, ou fuira-t-il en clandestin à bord de cales de bateaux ou de soutes d'avions vers les paradis forcément amers de l'Occident ?

   Non ! Nous n'avons point mérité si pitoyable destinée. À condition de brocanter notre mode de vie et de partager-partager-partager, notre mangrove a la capacité de nous nourrir, nous vêtir et nous bailler logement et travail d'une manière fort acceptable.

   Ni misérables ni gaspillards, tels nous voulons exister en ce pays-là.

   Spartiates joyeux, oui ! …

Méditations sur une mangrove qui se meurt, p. 317
COMPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE
  • « Aimé Césaire, une traversée paradoxale du siècle », Paris : Stock (Echanges), 1993
Sur le site « île en île » : dossier Raphaël Confiant

mise-à-jour : 23 janvier 2017
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