Ananda Devi

Ève de ses décombres

Gallimard - Collection blanche

Paris, 2006

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des femmes et des îles
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parutions 2006

Ève de ses décombres / Ananda Devi. - Paris : Gallimard, 2006. - 154 p. ; 21 cm. - (Collection blanche).
ISBN 2-07-077618-2
Ananda Devi a présidé le jury du 3e Prix du Livre Insulaire d'Ouessant.
Voilà le mouchoir de dégoût
qu'on m'a enfoncé dans la bouche.

Èv
e, Sad, Savita, Clélio — quatre enfants d'une « cité » de l'île Maurice, aux portes de Port Louis, où échouent les laissés-pour-compte des cyclones ravageurs, du tourisme envahissant et d'une économie soumise aux rigueurs de la mondialisation.

Ananda Devi expose les jours où se noue le destin de ces frères et sœurs de Rimbaud à Troumaron, leur dernier retranchement. Tour à tour chacun exprime ses blessures et ses rêves, sans emphase mais toujours avec une rage frémissante : « j'ai assez de colères pour remplir dix fois le panier de ma vie ».

Pas plus que le soleil du Sud ou la mer si proche, l'amour qui naît dans ces ruines ne peut prévenir un drame trop prévisible ; alors s'amorce une pavane mortelle. Mais, au terme de cette saison en enfer, un fragile espoir subsiste : peut-être Ève renaîtra-t-elle de ses décombres, comme d'autres enfants de Troumaron, et d'ailleurs, coupables seulement d'avoir rêvé d'échapper au destin qu'une société disloquée et impuissante tente de leur imposer.
EXTRAIT

SAD :

[…]

Je me suis fabriqué un pont avec un gamin qui avait aussi sa rage au ventre, même s'il ne me saura jamais. Il me dit :
L'étoile a pleuré rose au cœur de tes oreilles, l'infini roulé blanc de ta nuque à tes reins et l'homme saigné noir à ton flanc souverain.
Je suis jeune : prenez-moi la main.

J'aime une fille dont on a piétiné le corps. Mais le jour où je serai en elle, j'effacerai toutes ses marques : elle sera neuve.
Je suis jeune : j'aime.
C'est le soleil entré dans mon corps. Elle est l'urgence de ce que j'écris. Portraits d'Ève sur les échos de ma chambre. Phrases qui la dessinent, qui la déclinent. J'aime.
Je crois aux possibles. Oui, même ici. Même dévalant nos propres pentes. Un mot me l'a décrite, ce jour où nous sommes descendus à vélo depuis la Reine de la Paix. Ce jour-là, au moment où elle m'a dit qu'elle ne dirait jamais je t'aime, j'ai vu le mot qui la décrivait, un mot plein de résonances et à la fois étrange dans ces parages : la grâce. Si cette grâce-là fait partie de mes possibles, ai-je pensé, je peux tout.
Port Louis me regardait d'un autre œil. Port Louis la noire, la vilaine, Port Louis défigurée par des formes grotesques, Port Louis l'infranchissable dans ses marées humaines, j'ai cru qu'elle me faisait de l'œil. Ses pigeons noirs ponctuant tous les toits ont accepté de me décoder ses humeurs. La ville me disait : s'il y a des instants comme celui-ci et des visages comme le sien, alors, tu devrais m'aimer, rien que pour cela.

p. 67

COMPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE
  • « Eve out of her ruins » translated by Jeffrey Zuckerman, foreword by J.M.G. Le Clézio, Dallas : Deep Vellum publishing, 2016
  • Odile Cazenave, « Par-delà une écriture de la douleur et de la violence : Michèle Rakotoson et Ananda Devi », in Jean-Luc Raharimanana (éd.), Identités, langues et imaginaires dans l'océan Indien, Interculturel Francophonies, n° 4, nov.-déc. 2003 (pp. 51-62)
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