Liv Ullmann

Devenir

Stock


Paris, 1977
bibliothèque insulaire
   
des femmes et des îles
Devenir / Liv Ullmann ; traduit de l'anglais par Nina Godneff. - Paris : Stock, 1977. - 352 p. ; 22 cm.
ISBN 2-234-00703-8
Liv Ullmann est au cœur de quelques unes des meilleures réalisations d'Ingmar Bergman dont elle partagea, un temps, la vie ; l'île de Få 1 est l'un des cadres privilégiés de cette aventure artistique et sentimentale jalonnée de chefs d'œuvre.

Dans les souvenirs de Liv Ullmann, le séjour insulaire fait office de révélateur : on y mesure la divergence de deux regards sur le monde et la vie, sur les attentes qui la nourissent, sur les craintes qui l'obscurcissent.
       
1.De longue date, les îles ont fasciné Bergman et nourri sa création ; en premier lieu l'archipel de Stockholm où sont tournés Jeux d'été (1951), Un été avec Monika (1953) … Il découvre Fårö (au centre de la mer Baltique, au nord de Gotland) au début des années 60, y tourne plusieurs films (À travers le miroir, 1961, Persona, 1965, La honte, 1968, Une passion, 1969) et s'y fait construire une maison ; en 1969 il consacre un premier documentaire à son île et à ses habitants, « Fårödokument I », suivi en 1979 de « Fårödokument II » ; c'est là qu'il est mort le 30 juillet 2007.
EXTRAIT

[Fårö] est située entre la Russie et la Suède. J'imaginerais difficilement un endroit plus dépouillé. Une vraie relique de l'âge de pierre ; mais émouvante, néammoins, et plutôt mystérieuse, dans le soleil de l'été.

Nous pouvions voir l'océan de notre chambre, la nuit, et nous imaginer embarqués dans quelque traversée. Loin, très loin, nous apercevions les lumières des bateaux, comme de mystérieux messages adressés à des inconnus descendus sur notre plage. Nous feignions de nous croire constamment en danger, vu l'isolement de la maison et le fait que nous étions l'un pour l'autre notre unique défense.

L'île dont je rêvais dans mon enfance était bien différente. C'était une île où poussaient des palmiers et des fruits, où il faisait chaud. Sur cette île-là les animaux de la forêt veillaient sur moi la nuit. Je n'ai jamais associé à cette représentation l'idée de solitude et d'inquiétante étrangeté.

Sur son île à lui, poussaient des conifères noueux aux nuances de vert curieuses, des arbres rabougris et inclinés vers le sol pour la plupart. Seuls les plus vigoureux réussissaient à se dresser. Dans leurs vains élans vers le ciel, ils avaient l'air, au crépuscule, de fluettes danseuses incapables de se tenir plus longtemps sur leurs pointes.

Le plus beau de tous poussait près de la fenêtre de notre living-room et Ingmar me dit que celui-ci était le mien. Il fut déraciné par le vent durant l'hiver qui suivit mon départ. J'en éprouvai de la satisfaction. Comme cela, au moins, il ne pourrait le partager avec personne d'autre.

[…] Pendant un mois, chaque année, l'île explosait des plus merveilleuses couleurs. Cela me rappelait les champs de fleurs de mon enfance. Nous étions heureux en cueillant des fraises sauvages. Mais, quand les jours racourcissaient, que les couleurs s'éteignant progressivement finissaient par être à peine discernables, l'île devenait une prison dans laquelle je ne savais où traîner mon sentiment de solitude et d'insécurité. J'étais perpétuellement anxieuse et rêvais d'autres lieux. Mais jamais je ne l'ai dit.

En même temps, je savais que jamais je n'avais été plus proche de la vie.

[…]

Je savais qu'Ingmar avait découvert son île et je m'efforçais de l'aimer comme il l'aimait.

Les nuits où il ne pouvait pas dormir, je restais allongée près de lui en silence, inquiète de ce qu'il pensait. Peut-être ne faisais-je pas partie de l'île ? Peut-être perturbais-je l'harmonie qu'il essayait de créer en lui au sein de cette nature et dans le calme, qui pour lui avaient tant d'importance ? Ma sécurité devint en fin de compte de vivre comme il le désirait, parce que alors, et alors seulement, lui se sentait en sécurité.

pp. 167-169

COMPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE
  • « Devenir », Paris : Le Livre de poche (Le Livre de poche, 5281), 1979
  • Ingmar Bergman, « Laterna magica », Paris : Gallimard, 1987 ; Gallimard (Folio, 2238), 1991
  • Ingmar Bergman, « Images », Paris : Gallimard, 1992
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En l'absence d'une sélection suffisamment développée, la liste qui suit regroupe quelques unes des références dispersées sur l'ensemble du site.
site du Bergman Center sur l'île de Fårö (Suède)

mise-à-jour : 17 août 2018

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